Les addictions expliquées par les neurosciences

Mis à jour : mars 2

Les addictions sont de toutes sortes, cet article concerne plutôt les produits toxiques pour l’organisme comme la cigarette, l’alcool, la drogue, les médicaments, et même le sucre mais le phénomène est sensiblement le même pour le jeu, les achats compulsifs, les écrans….

Une addiction répond à un manque émotionnel et s’installe sur un corps affaibli.

Il s’agit donc bien d’une maladie et non pas d’un simple manque de volonté !

Renforcer le corps physique, libérer les corps mental et émotionnel, et redonner un sens à sa vie : le cercle vicieux pourra enfin être rompu !

L'addiction, derrère le plaisir, une douleur se construit

Une question d’équilibre

L’homéostasie est la capacité d'un système à maintenir l'équilibre de son milieu intérieur, quelles que soient les contraintes externes. Elle régit l’organisme et de celle-ci dépend son fonctionnement.

Pour assurer l'homéostasie le cerveau assure de multiples fonctions : vigilance, mémoire, plaisir, activités motrices et sensorielles, intégration et analyse des différents stimuli reçus de l’environnement externe,…

Le cerveau s’appuie sur la centaine de milliards de neurones et de leurs messagers appelés neurotransmetteurs.

Pour transmettre l’information, un neurone libère un messager (neurotransmetteur) qui vient se positionner sur les récepteurs à la surface d’un autre neurone.

Il existe de nombreuses sortes de messagers, ils ont chacun des fonctions différentes et sont spécifiques d’un type de neurone.

Lorsque l’on prend un produit psychoactif, la puissance de la perturbation déstabilise le cerveau et il a des difficultés à maintenir son homéostasie.

Il finira par trouver des moyens pour s’adapter mais en cas de répétition des consommations, le risque est que le cerveau intègre le produit dans l’équilibre de son fonctionnement : l’homéostasie initiale devient prisonnière du produit ; si ce dernier n’est plus présent, le cerveau sera en souffrance et fonctionnera mal : c’est l’addiction.


Le circuit cérébral de la récompense

Le circuit neurobiologique de la récompense a pour fonction de favoriser les comportements qui sont nécessaires à notre survie comme boire, manger, se reproduire, s’adapter à l’environnement… La réalisation de ces actions apporte des sensations plaisantes, d’où l’appellation « circuit de récompense ».

L’apprentissage et la mise en mémoire d’actions plaisantes va nous inciter à les répéter ; c’est ce qu’on appelle l’effet renforçant.


Du désir au plaisir

La récompense est l’aboutissement de plusieurs phases que nous ressentons différemment. A l’origine il y a un stimulus.

Ce stimulus va susciter le désir.

Pour satisfaire ce désir on va agir, mettre en place les actions nécessaires pour atteindre le but.

La phase suivante est celle de l’anticipation, de la prédiction de la réalisation.

Enfin arrive la récompense, le plaisir, la satisfaction de l’action accomplie.

La sensation de plaisir existe dès qu’on s’approche de la réalisation de l’action et ce qu’on ressent peut être plus intense à cette phase qu’une fois l’action réalisée.


La dopamine, messager de la récompense

Depuis le milieu des années 80, on sait que la stimulation électrique de « l’aire tegmentale ventrale » (ATV) induit en fait une libération de dopamine dans une région précise du circuit de la récompense appelée « noyau accumbens » (NAc).

On a depuis montré que toutes les récompenses, qu’elles soient des substances naturelles ou des drogues, mais aussi des comportements, entraînent une libération rapide et massive de dopamine par les terminaisons dopaminergiques situés dans le NAc.

Ces neurones ont des propriétés très étonnantes : en condition normale ils émettent un signal électrique toutes les secondes : on dit qu’ils « déchargent » à une fréquence de 1HZ.

Par contre quand nous percevons ou juste prévoyons une récompense dans l’environnement ils s’affolent et accélèrent leur décharge à une fréquence de 10 HZ, soit 10 fois plus élevée !!

Donc pendant toutes les phases précédant l’obtention de la récompense ces neurones libèrent beaucoup de dopamine, ils sont des détecteurs de récompense.

Une fois l’action réalisée, c’est la phase de « consommation », du plaisir, de la jouissance.

Pendant cette phase de plaisir, la dopamine continue d’être libérée mais le plaisir est surtout dû à la libération d’endorphines, des neurotransmetteurs provoquant une sensation de bien-être.

La combinaison de l’action de ces deux neurotransmetteurs au niveau du circuit de la récompense est responsable de l’effet renforçant.


Les produits psycho-actifs, agents du déséquilibre

Tous les produits psychoactifs comme l’alcool, le cannabis, la cocaïne et les autres drogues ont en commun le fait qu’ils provoquent la libération de dopamine dans le NAc.

La quantité de dopamine libérée par la prise de drogues est beaucoup plus importante et rapide que celle obtenue par les récompenses naturelles.


De la récompense à l'addiction

Comme la prise d’un produit psychoactif entraîne une libération accrue de dopamine, la sensation globale perçue diffère puissamment de ce qu’on ressent avec les plaisirs habituels.

Tout cela a été enregistré en mémoire ainsi que l’environnement (le lieu, les personnes présentes, la musique ambiante…) dans lequel l’événement s’est déroulé, le souvenir est le plus souvent de type positif et renforçant, c’est-à-dire incitant à recommencer.


L’appel du produit

Chez la majorité des expérimentateurs, qu’ils soient garçons ou filles, l’ampleur des sensations ressenties, bien que très plaisantes, va conduire à la prudence.

L’expérimentateur a pris conscience de « l’anormalité » du frisson et donc ne répétera pas l’expérience ou seulement occasionnellement.

Il résistera à « l’appel » du produit, dont il a gardé les effets en mémoire, il saura tempérer l’impulsivité qui le pousse à consommer.

L’une des clefs du comportement addictif, c’est l’impulsivité, ce mode de fonctionnement qui fait qu’on ne réfléchit pas ou peu avant de prendre une décision!


La répétition

Chez une minorité de personnes, la consommation va se répéter fréquemment.

C’est souvent observé chez celles d’une nature impulsive ainsi que chez celles ayant une personnalité facilement influençable.

La répétition des prises conduit à un conditionnement : tout stimulus qui a été renforcé et amplifié par l’apport d’une récompense sera inévitablement associé à une envie puissante du produit.

Ainsi, être avec un groupe avec lequel on a fumé ou bu, être dans un lieu associé à la substance (café, boîte de nuit….), être en présence d’objets ayant été associés aux drogues, entendre une musique associée à une soirée de défonce, peut déclencher un besoin irrésistible de consommer.


La désensibilisation ou l’accoutumance

Les consommateurs de produits addictifs l’ont bien remarqué : plus souvent on en prend, plus il faut augmenter la dose pour obtenir l’effet recherché.

Le phénomène est dénommé tolérance ou accoutumance ou désensibilisation des récepteurs.

La désensibilisation est une forme de régulation qui permet d’éviter les conséquences néfastes d’une stimulation prolongée.

Elle se manifeste par une diminution de l'intensité de la réponse cellulaire malgré la présence continue d'un stimulus d'égale intensité

Les drogues, quelles qu’elles soient, sont de puissants stimulants des récepteurs.

Le cerveau se met alors en mode « protection » pour lui permettre de fonctionner correctement, maintenir son homéostasie malgré la présence de ces stimulants.

Il va alors utiliser le processus de désensibilisation qui s’appuie sur plusieurs types d’adaptations au niveau moléculaire :

« Internalisation » des récepteurs qui sont « cachés » à l’intérieur des neurones et donc ne sont alors plus exposés aux produits stimulants

Diminution du nombre de récepteurs synthétisés, donc moins de cibles pour les produits

Mise en position « off » des récepteurs par modification de leur structure, le produit stimulant ne déclenchant alors plus aucune action.


L’accoutumance à une drogue peut automatiquement déclencher l’accoutumance à une autre drogue, on parle alors de tolérance croisée, par exemple l’alcool et certains médicaments, ou l’alcool et les drogues hallucinogènes.


Le manque

En plus d’altérer le fonctionnement du système de récompense, la prise répétée de produits psychoactifs va sur-activer le circuit neurobiologique du stress.

En conséquence la réactivité au stress va augmenter, ce qui favorise l’émergence d’émotions négatives.

Cette humeur dysphorique (= de mécontentement) va se faire particulièrement sentir lors de la phase « descendante » suivant la consommation ou lorsque le sujet n’a plus de produit : c’est le manque, qui se manifeste par un mal-être général, une irritabilité, une hyper-réactivité, de l'angoisse, des maux de ventre, voire des mouvements brusques….

La prise de produit ne procurera plus aucune récompense, elle ne permettra que de lever le mal-être dû au manque.

Le plaisir a disparu, par contre le désir est puissamment ancré dans la tête et la recherche du produit est envahissante.

Enfin toute consommation s’effectuera sur un mode compulsif avec perte de contrôle.

L’homéostasie initiale est rompue, le produit est intégré comme un élément nécessaire au fonctionnement cérébral, le cerveau est prisonnier.


Sortir de l’addiction

Plus la durée et la fréquence d’exposition seront élevées plus les perturbations seront sévères et durables.

Nombre de personnes arrêtent définitivement de fumer, de boire de l’alcool, de fumer du cannabis etc… et continuent de vivre, le plus souvent mieux qu’avant.

Le sevrage, c’est à dire l’abandon du produit et de tout ce qui va avec, est une étape qui peut être longue et douloureuse.

Le retour à une consommation occasionnelle ou récréationnelle n’est pas garanti car les perturbations antérieures des circuits peuvent se réactiver et entraîner la réinstallation de l’addiction.

Une chose est sûre : il est très difficile de sortir de l’addiction par la force de sa seule détermination.

Il est donc très important de ne pas hésiter à demander de l’aide.


Se reconstruire

Le soutien affectif est indispensable pour aider à faire le premier pas qui peut prendre du temps mais aussi pour les suivants car le chemin est long.

Jus de légumes, alimentation plus saine, respirations, contacts avec la nature, les animaux, bains, huiles essentielles, fleurs de Bach, repos… sont autant de propositions pour recharger en énergie vitale et retrouver de la force physique et mentale.

Si vous faites partie de ce soutien, laissez le temps à la personne de changer ses perceptions, ses croyances afin qu’elle ait envie d’adopter de nouvelles actions pour retrouver de nouvelles sensations.

L’idée n’est pas de chercher à changer de comportement dans le contrôle mais d’ajouter des choses, faire des propositions afin de rester dans le respect des limites de chacun, trouver d’autres plaisirs, ouvrir le champ des possibles.

C’est peut-être l’occasion d’adopter vous aussi une meilleur hygiène de vie et pourquoi pas de travailler sur vous ?

N’hésitez pas à vous faire soutenir vous aussi et n’oubliez pas que c’est par l’exemple que l’on aide les autres et non en disant ce qui est bien ou mal de faire…

Vous n’êtes peut-être pas addictif mais pourquoi vous êtes-vous attiré une personne addictive dans votre vie ?

Sans vous culpabiliser, c’est peut-être une bonne question à vous poser…

N’oubliez pas : lorsque l’on change, tout change !

    Rachel DURANT 

Thérapeute psycho-corporel

Coaching

 

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© Rachel Durant