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Le pardon : se libérer sans oublier

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Ce que le pardon fait au système nerveux — et pourquoi il commence toujours par soi

 

Il y a des blessures qu'on croit avoir dépassées — et qui resurgissent intactes au détour d'une phrase, d'un regard, d'une situation qui ressemble de trop près à l'ancienne. La colère est encore là. Le ressentiment aussi. Comme si quelque chose dans le corps refusait d'en finir.


Le pardon est souvent présenté comme la solution — mais rarement expliqué pour ce qu'il est vraiment. Ni un effacement, ni une absolution accordée à l'autre. Plutôt un acte profondément personnel : cesser de laisser une blessure ancienne continuer à consommer de l'énergie dans le présent. Et ce chemin commence presque toujours non pas par l'autre — mais par soi.

 

Pardon et libération émotionnelle — thérapie psychocorporelle
Se libérer du ressentiment — système nerveux et guérison

Ce que le pardon n'est pas — et ce qu'il est vraiment

Le pardon est l'un des concepts les plus mal compris du travail sur soi. Clarifier ce qu'il n'est pas est souvent le premier pas pour pouvoir l'envisager.


Pardonner ne signifie pas que ce qui s'est passé était acceptable. Cela ne signifie pas se réconcilier, rétablir un lien, ou même informer l'autre qu'on lui pardonne. Le pardon n'est pas non plus une décision qu'on prend une fois pour toutes — une sorte de clap de fin qui clôt définitivement le dossier.


Fred Luskin, directeur du Stanford Forgiveness Project, a conduit pendant plus de vingt ans des recherches sur le pardon auprès de populations très diverses — des familles en deuil aux survivants de conflits armés. Sa conclusion est constante : le pardon n'est pas un acte moral. C'est un processus physiologique. Une façon de reconfigurer la façon dont le système nerveux répond au souvenir d'une blessure. Tant que ce souvenir active une réponse de stress — tension, colère, vigilance — le corps reste en état de guerre contre quelque chose qui n'existe plus que dans sa mémoire.


L'image qui revient souvent dans ce travail est celle du sac. La colère, le ressentiment, l'amertume — ce sont des poids qu'on continue de porter, non pas parce qu'ils servent quelque chose, mais parce qu'on n'a pas encore trouvé comment les poser. Pardonner, c'est poser le sac. Non pas nier ce qu'il contenait — mais décider de ne plus le porter.

👉 Pour comprendre comment les blessures relationnelles se logent dans le système nerveux : Le corps n'oublie rien : pourquoi la guérison émotionnelle passe par le système nerveux

 

Le pardon et le système nerveux : ce qui se passe dans le corps

On croit souvent que pardonner est une affaire de pensée. Mais le corps garde sa propre comptabilité — et c'est là que le travail se fait vraiment.


Quand une injustice ou une trahison survient, le système nerveux autonome active une réponse de survie — ce que Stephen Porges décrit dans sa théorie polyvagale comme un passage en mode défense : le rythme cardiaque s'accélère, les muscles se contractent, le souffle se retient. Cette réponse est parfaitement adaptée à la situation. Le problème, c'est qu'elle peut se figer.


Quand la blessure n'est pas traversée — quand la colère reste sans espace pour s'exprimer, quand la tristesse reste sans espace pour être reçue — le système nerveux continue de traiter le souvenir comme une menace active. Bessel van der Kolk a montré que les expériences traumatiques ou les blessures affectives profondes ne sont pas stockées comme des récits chronologiques, mais comme des états corporels : une tension dans la gorge, une respiration bloquée, un ventre qui se noue à la seule évocation d'un nom. Pour le système nerveux, le temps ne s'écoule pas comme dans la conscience — le souvenir d'une blessure active les mêmes circuits que la blessure elle-même. Le passé n'est pas révolu : il est rejoué.


C'est pourquoi le pardon ne peut pas être uniquement intellectuel. Comprendre rationnellement que la colère ne sert plus à rien ne suffit pas à la déposer — parce que ce n'est pas là qu'elle est stockée. Le travail du pardon passe par une régulation du système nerveux : revenir progressivement à un état de sécurité suffisant pour que la blessure puisse être traversée plutôt que réprimée ou ressassée.

👉 Pour comprendre comment le système nerveux module la sécurité et la menace : Théorie polyvagale : ce que votre nerf vague dit de votre état intérieur

👉 Pour explorer comment la co-régulation soutient ce processus : Co-régulation : pourquoi nous avons besoin des autres pour guérir

 

Traverser plutôt que contenir : une pratique somatique

Le pardon ne s'atteint pas en décidant d'arrêter d'être en colère. Il se construit en offrant à cette colère un espace pour être ressentie — et progressivement, pour se transformer.


Ce que je propose souvent en séance, c'est une exploration somatique simple — pas un exercice de visualisation, mais un retour au corps dans ce qu'il porte réellement.


Installez-vous confortablement, les deux pieds en contact avec le sol. Portez votre attention sur votre respiration sans chercher à la modifier — observez simplement où elle va, où elle se bloque, ce qu'elle contourne. Puis laissez venir le souvenir de la blessure, sans chercher à le gérer ou à l'analyser. Remarquez ce qui se passe dans le corps : une contraction, une chaleur, une pression quelque part. Nommez la sensation sans chercher à l'expliquer. Restez avec elle, le temps qu'il faut, sans la forcer à partir.


Ce n'est pas toujours immédiat. Le corps a souvent appris à couper court à ces sensations avant même qu'elles n'arrivent à la conscience — c'est précisément ce qu'il a fait pour survivre. Il peut donc falloir plusieurs tentatives, plusieurs séances, avant que quelque chose commence à se desserrer. Ce n'est pas un signe d'échec. C'est la logique même de la cuirasse : elle ne se relâche que lorsqu'elle se sent suffisamment en sécurité pour le faire.


Ce qui se passe souvent dans cet espace — quand on cesse de lutter contre l'émotion pour simplement être avec elle — c'est un relâchement progressif. Pas une disparition. Pas une résolution. Mais quelque chose qui se déplace légèrement. Peter Levine appelle cela la complétion : permettre à la réponse nerveuse d'aller jusqu'à son terme, plutôt que de la couper en chemin. C'est souvent là que le pardon commence — non pas comme une décision, mais comme une détente.


Le pardon ne commence pas par l'autre. Il commence par le moment où on cesse de se battre contre ce qu'on ressent — et où on lui offre enfin un espace pour exister.

👉 Pour approfondir le travail sur les sensations corporelles : Pleine conscience corporelle : apprendre à sentir ce que le corps dit en ce moment

 

Le pardon envers soi : souvent le plus difficile

On pense au pardon comme à quelque chose qu'on accorde à l'autre. Mais pour beaucoup de personnes, le vrai travail est ailleurs — dans le regard qu'on pose sur ses propres choix passés.


La culpabilité est une forme de rancune envers soi-même. Elle suit la même logique que le ressentiment envers l'autre : elle maintient le système nerveux dans un état de tension chronique, elle rejoue inlassablement le scénario du passé, elle consomme une énergie qui pourrait servir le présent. Et elle repose souvent sur une prémisse injuste : que la version de soi qui a pris cette décision, à cette époque, avec ces ressources — aurait pu faire autrement.


Une cliente portait depuis des années la culpabilité de ne pas avoir quitté plus tôt une relation toxique. Elle se reprochait de ne pas avoir « vu » plus tôt, de ne pas s'être « respectée » davantage. En séance, nous avons travaillé à revenir à ce moment précis : qu'est-ce qu'elle savait alors ? Quelles ressources avait-elle à disposition ? Qu'est-ce qui lui aurait permis de faire différemment — et qu'elle n'avait pas encore ? Cette exploration corporelle et émotionnelle lui a permis quelque chose de précis : reconnaître que la femme qu'elle était à cette époque avait fait avec ce qu'elle avait. Et que blâmer cette femme-là ne servait aucune guérison.


« Je pardonne à la version de moi qui a pris cette décision. Elle ne savait pas encore ce que je sais maintenant. Elle faisait de son mieux avec ce qu'elle avait. »


Se pardonner à soi-même, ce n'est pas s'absoudre de toute responsabilité. C'est reconnaître que la croissance prend du temps, que la conscience se construit progressivement — et que continuer à punir une version passée de soi ne fait pas avancer la version présente.

👉 Pour explorer le lien entre culpabilité et blessures d'enfance : L'enfant intérieur : rencontrer la part de soi qui attend encore d'être entendue

👉 Pour comprendre comment l'estime de soi se reconstruit : Autonomie affective : apprendre à s'aimer sans se perdre

 

Ce que le pardon change — dans le corps et dans les relations

Le pardon n'est pas une fin en soi. C'est un dégagement — qui libère de l'espace pour autre chose.


Les recherches de Luskin montrent des effets mesurables et cohérents : diminution des tensions musculaires chroniques, amélioration de la qualité du sommeil, réduction des symptômes anxieux. Ce ne sont pas des effets secondaires du pardon — c'en sont les manifestations directes. Quand le système nerveux cesse de traiter un souvenir comme une menace active, il peut revenir à un état de régulation. Le corps se détend. L'énergie qui était mobilisée contre le passé devient disponible pour le présent.


Ce dégagement d'énergie se ressent rarement de façon spectaculaire. Il ressemble plutôt à une légèreté progressive dans les situations qui déclenchaient autrefois une réaction automatique — une capacité nouvelle à traverser sans être emporté. Là où il y avait de la rigidité, il y a de l'espace. Là où il y avait de la méfiance héritée d'une ancienne blessure, il devient possible d'entrer en relation autrement — non plus à travers le filtre de ce qui s'est passé avant, mais depuis le présent.


C'est peut-être là la transformation la plus profonde que le pardon permet : non pas changer ce qui s'est passé, mais changer le rapport qu'on entretient avec ce souvenir — et par là, redevenir l'auteur de ce qui vient.

👉 Pour explorer comment la confiance se reconstruit depuis le corps : Confiance en la vie : quand le corps retrouve sa vitalité

👉 Pour comprendre comment les schémas relationnels anciens peuvent évoluer : Difficultés relationnelles : et si ce n'était pas un problème de caractère ?

 

Le pardon : non pas un acte, mais un chemin

Le pardon n'est pas une décision qu'on prend un matin en se levant. C'est un processus — parfois long, non linéaire, qui avance et recule, qui demande d'être traversé autant que compris. Il ne requiert pas de grandeur d'âme particulière. Il requiert de la patience envers soi, et souvent un cadre suffisamment sécurisant pour oser sentir ce qu'on a appris à ne plus sentir.


Ce chemin ne ressemble pas à une réconciliation, ni à un oubli, ni à un état de paix durable qui s'installerait une fois pour toutes. Il ressemble plutôt à une série de petits relâchements — des moments où quelque chose qui était tenu se desserre légèrement. Où la blessure prend moins de place. Où il devient possible de penser à ce qui s'est passé sans que le corps réactive aussitôt toute sa réponse de défense.


Le pardon ne rend pas le passé acceptable. Il rend le présent habitable.

👉 Pour approfondir le travail de reconnexion à soi après une blessure : Reconnexion à soi : réparer le lien que vous avez appris à ignorer

👉 Pour comprendre comment le corps soutient ce chemin au quotidien : Habiter son corps : respiration, mouvement et voix, trois chemins pour revenir à soi

 

Références

Luskin, F. (2002). Forgive for Good. HarperOne.

Porges, S. W. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.

Van der Kolk, B. (2014). Le corps n'oublie rien. Albin Michel.

Levine, P. (1997). Waking the Tiger. North Atlantic Books.

Siegel, D. J. (1999). The Developing Mind. Guilford Press.

 

À propos de l'auteure

Rachel Durant, Thérapeute psychocorporel, Le Plessis-Robinson (92350) et téléconsultation


Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatique : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles et des ateliers collectifs.



Cet accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique, trauma informée et respectueuse de la personne.

 
 

Rachel DURANT, 

Thérapeute psychocorporel Somatique :

Somatothérapie, EMDR, Yoga somatique

Cabinet Paramédical Le Robinson Horizon

13 rue du Carreau

92350 Le Plessis-Robinson

Code : 4569B, Int : cabiner Horizon, RDC, Droite

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