Oser demander et agir : quand la confiance en soi passe par le corps
- Rachel Durant

- 25 janv. 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Oser demander, passer à l’action, faire confiance à ses désirs — ces actes semblent simples en théorie. Pourtant, pour beaucoup d’entre nous, quelque chose résiste. Pas par manque de volonté — mais parce que le système nerveux a appris, souvent très tôt, que demander était dangereux. Cet article explore comment retrouver la capacité d’agir depuis un endroit stable en soi.
Vous avez quelque chose à demander, une faveur, une augmentation, de l’aide, de l’amour. Et pourtant, les mots ne viennent pas. Ou alors, vous agissez, mais à moitié, en retenant votre souffle, en vous excusant d’avance.
Ce n’est pas de la timidité. Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est généralement le signe que votre système nerveux associe le fait de demander à un danger ancien — une époque où demander entraînait une punition, une humiliation, ou un silence blessant.

Oser demander : pourquoi c’est si difficile
Dans l’écho de notre éducation, la notion de demander a fréquemment été associée à des messages négatifs. Ces messages ne sont pas restés dans la tête — ils se sont inscrits dans le corps, dans le système nerveux, sous forme de réponses automatiques.
Stephen Porges, avec sa théorie polyvagale, explique ce mécanisme précisément : notre système nerveux évalue en permanence si l’environnement est sécurisant ou menaçant — un processus qu’il appelle la neuroception. Quand demander a été associé à une menace dans l’enfance, le système nerveux continue de déclencher une réponse d’alerte chaque fois que nous voulons formuler un désir — même des années après, même dans des contextes parfaitement sûrs.
Le résultat : la gorge se serre, la respiration se bloque, les mots disparaissent. Ce n’est pas vous qui manquez de confiance en soi — c’est votre système nerveux qui fait son travail de protection.
Est-ce que vous vous souvenez d’une époque où demander vous a coûté quelque chose ? Que fait votre corps quand vous vous apprêtez à formuler une demande importante ?
Confiance en soi et système nerveux : retrouver la fenêtre de tolérance
La confiance en soi n’est pas une qualité que certains ont et d’autres n’ont pas. C’est un état — un état dans lequel le système nerveux se sent suffisamment en sécurité pour s’engager, demander, agir.
Dan Siegel appelle cet espace la fenêtre de tolérance — la zone où le système nerveux n’est ni en surchauffe ni en effondrement. À l’intérieur de cette fenêtre, nous avons accès à nos ressources, à notre discernement, à notre capacité de formuler une demande claire et de recevoir une réponse — quelle qu’elle soit — sans nous effondrer.
Le travail thérapeutique consiste précisément à élargir cette fenêtre — progressivement, à un rythme que le corps peut tolérer.
👉 Pour aller plus loin : Théorie polyvagale : ce que votre nerf vague dit de votre état intérieur
Les blocages à l’action : ce que le corps exprime
Pat Ogden a montré que nos blocages à l’action ne sont pas seulement psychologiques — ils sont aussi corporels. Une personne qui n’ose pas demander aura souvent une posture corporelle caractéristique : épaules rentrées, regard fuyant, voix qui s’étrangle. Ce ne sont pas des tics — ce sont des habitudes corporelles apprises, souvent très tôt, pour ne pas prendre trop de place.
Peter Levine, quant à lui, a décrit comment le système nerveux peut rester figé dans une réponse d’immobilisation — comme paralysé avant même d’avoir agi. C’est ce qui se passe quand vous voulez agir, que vous savez que vous devriez agir — et que votre corps refuse de bouger.
C’est précisément ce que nous travaillons en thérapie psychocorporelle et somatique — identifier et traiter les mémoires corporelles qui maintiennent le système nerveux dans l’immobilisation, pour que l’action redevienne possible.
Y a-t-il des domaines de votre vie où vous savez ce que vous voulez — mais où votre corps semble refuser d’avancer ?
Oser demander avec confiance en soi : comment le corps apprend
La bonne nouvelle, c’est que le système nerveux est plastique. Il peut apprendre de nouvelles réponses — à condition d’y aller progressivement, à un rythme qu’il peut tolérer.
Concrètement, cela ressemble à ceci : commencer par de petites demandes, dans des contextes sécurisants. Sentir ce qui se passe dans le corps quand la demande est faite — et quand elle est reçue. Répéter l’expérience jusqu’à ce que le système nerveux enregistre que demander ne mène pas à une catastrophe.
En somatothérapie ou en EMDR, nous travaillons précisément là : identifier les mémoires corporelles qui bloquent l’action, les traiter à un rythme tolérable, et reconstruire petit à petit la capacité d’agir depuis un endroit stable.
👉 Pour aller plus loin : Croyances limitantes : pourquoi votre corps en sait plus que votre mental
Agir : pas depuis la peur, mais depuis l’élan
Il y a deux façons d’agir. Depuis la peur — pour éviter une conséquence, pour ne pas décevoir, pour se protéger. Ou depuis l’élan — depuis un désir authentique, une valeur, un mouvement intérieur qui cherche à s’exprimer.
La théorie polyvagale nous éclaire ici : l’action depuis la peur est pilotée par le système sympathique en état de menace — elle est réactive, épuisante, et souvent inefficace. L’action depuis l’élan est pilotée par le circuit ventral vagal — elle est fluide, engagée, et nourrit l’énergie plutôt qu’elle ne la consume.
Apprendre à distinguer les deux — dans le corps, avant même de penser — est l’une des compétences les plus précieuses que la thérapie psychocorporelle peut développer.
Est-ce que vous reconnaissez la différence dans votre corps entre agir depuis la peur et agir depuis l’élan — une contraction d’un côté, une ouverture de l’autre ?
👉 Pour aller plus loin : Responsabilité authentique : ce que votre corps sait que votre mental ignore
Oser demander, c’est dire à votre système nerveux que vous êtes en sécurité — que vos désirs méritent d’exister, que votre voix mérite d’être entendue.
Ce n’est pas un acte de bravoure. C’est un acte de régulation. Et comme tout ce qui touche au système nerveux, ça s’apprend — une demande à la fois, un élan à la fois.
Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser :
Dans quel domaine de votre vie avez-vous le plus de mal à formuler une demande — et qu’est-ce que votre corps fait dans ces moments-là ?
Est-ce que vous agissez plus souvent depuis la peur ou depuis l’élan ?
Y a-t-il une demande que vous portez depuis longtemps, et que vous n’avez pas encore osé formuler ?
Références
Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.
Siegel, D. (2010). Mindsight : The New Science of Personal Transformation. Bantam Books.
Levine, P. (1997). Waking the Tiger: Healing Trauma. North Atlantic Books.
Ogden, P. (2006). Trauma and the Body. W. W. Norton & Company.
À propos de l’auteure
Rachel Durant — Thérapeute psychocorporelle, Le Plessis-Robinson (92350)
Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatiques : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles en cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et en téléconsultation.
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Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique et respectueuse de la personne.




