top of page

Et si l'amour de soi n'était pas de l'égoïsme — mais de la biologie ?

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Dans une société qui valorise le don de soi, penser à soi en premier peut sembler dérangeant. Pourtant, l’amour de soi n’est pas de l’égoïsme, c’est un état de régulation du système nerveux. Lorsque le système nerveux est en sécurité, la générosité émerge naturellement. Quand il est en état d’alerte, on donne par peur et on s’épuise.


Trop souvent, l’amour de soi est confondu avec le narcissisme ou le repli sur soi. Cette confusion nourrit des schémas de dépendance affective, d’auto-sacrifice et d’épuisement. Et si s’aimer soi-même, vraiment, corporellement, profondément, était la condition de tout amour authentique ?


amour-de-soi-egoisme-estime-de-soi-systeme-nerveux-plessis-robinson

Déconstruire l’égoïsme : ce que dit le système nerveux

L’égoïsme, tel qu’on l’entend en général, désigne une attention excessive portée à soi-même au détriment des autres. Mais penser à soi n’est pas un défaut, c’est même indispensable. C’est l’excès, ou le déséquilibre dans la relation, qui fragilise les liens.


Stephen Porges a montré que le système nerveux en état de sécurité, ancré dans le circuit ventral vagal, est naturellement orienté vers la connexion, la générosité, le partage. Ce n’est pas une décision morale, c’est biologique. Lorsque le système nerveux se sent en sécurité, il n’a pas besoin de se défendre. Il peut donner librement.


À l’inverse, un système nerveux en état d’alerte chronique donne par peur de perdre l’autre, par obligation, par culpabilité. Ce don-là épuise. Et il crée souvent du ressentiment.


Est-ce que vous donnez aux autres depuis un endroit de plénitude — ou depuis un endroit de peur ou d’obligation ?



Estime de soi ou égoïsme ? Ce que le corps sait

Avoir une estime de soi saine, ce n’est pas faire preuve d’égoïsme. C’est savoir reconnaître ses besoins, les honorer avec clarté, tout en cultivant des relations respectueuses et équilibrées.


Kristin Neff a montré que l’auto-compassion, cette capacité à se traiter avec la même bienveillance qu’on offrirait à un ami cher, est la fondation d’une estime de soi stable. Et cette auto-compassion est corporelle avant d’être mentale. Elle passe par la façon dont on respire quand on fait une erreur, par l’accueil de ce qui se passe dans le corps sans jugement.


Bessel van der Kolk a montré que les personnes qui manquent d’estime d’elles-mêmes portent souvent dans leur corps une histoire de besoins non reconnus, une posture qui s’efface, une voix qui se fait petite, une tension permanente entre ce qu’elles ressentent et ce qu’elles s’autorisent à exprimer.


J’ai accompagné une personne qui se décrivait comme « quelqu’un de généreux », toujours disponible, toujours présente pour les autres. Mais en travaillant sur les sensations dans son corps, elle a découvert une fatigue profonde, une tension permanente dans les épaules, une respiration retenue. Elle donnait, mais depuis un endroit d’épuisement, pas de pleinitude. Le travail sur l’amour de soi a progressivement changé sa façon de se tenir, de respirer, d’être avec les autres.


Est-ce que vous vous traitez avec la même bienveillance que vous offrez aux autres — ou êtes-vous votre propre juge le plus sévère ?



Cheminer vers une estime de soi authentique

L’estime de soi se construit dès l’enfance. John Bowlby a montré que la qualité des premières expériences d’attachement pose les fondations de notre rapport à nous-mêmes. Un enfant dont les besoins ont été reconnus développe naturellement une base sécure intérieure qui lui permet de se respecter sans avoir besoin de l’approbation permanente des autres.


Quand cette base n’a pas été suffisamment construite, on grandit avec la conviction inconsciente que nos besoins ne comptent pas. On apprend à s’effacer, à se sur-adapter, à donner sans compter, jusqu’à l’épuisement.


La bonne nouvelle : le système nerveux est plastique. Cette base sécure peut se construire à tout âge, à travers des expériences thérapeutiques, relationnelles, corporelles, qui apprennent progressivement au système nerveux que ses besoins comptent.


Y a-t-il des besoins que vous n’osez pas reconnaître ou exprimer — et savez-vous depuis quand vous les taisez ?



Estime de soi et relations

Une estime de soi saine est un socle pour vivre des relations justes et vivantes. Elle permet de s’exprimer avec clarté sans agressivité ni effacement, de poser des limites sans culpabilité, d’accueillir l’amour sans dépendance, et d’éviter les dynamiques de fusion ou de soumission.


Sue Johnson a montré que derrière les reproches et les accusations d'égoïsme dans les relations, il y a presque toujours une peur non dite — la peur de ne pas compter, d'être abandonné, de ne pas être suffisant. Ce n'est pas de l'égoïsme que de vouloir être vu et reconnu. C'est un besoin fondamental du système nerveux.


Lorsqu'on développe une estime de soi stable, ces cycles relationnels perdent de leur emprise. On peut exprimer ses besoins sans les faire peser sur l'autre. On peut recevoir sans méfiance. On peut donner sans s'épuiser.


Est-ce que vous arrivez à exprimer vos besoins dans vos relations — ou est-ce que vous attendez que l’autre les devine ?



La générosité naît de l’amour de soi

Lorsque nous prenons soin de nous, quelque chose s’ouvre, un espace intérieur plus doux, plus ample. Dans cet espace, la générosité émerge naturellement. Elle n’attend rien, elle ne juge pas, elle ne s’épuise pas.


Porges a montré que cet état, le circuit ventral vagal actif, est précisément l’état dans lequel la co-régulation est possible. Quand on est ancré en soi-même, on peut offrir une présence réelle à l’autre, pas une présence épuisée, mais une présence qui nourrit les deux.



Brené Brown a montré que cette générosité authentique naît de la vulnérabilité, la capacité à s’exposer tel qu’on est, avec ses besoins et ses limites. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est le fondement de tout lien véritable.


Est-ce que vous pouvez donner sans vous épuiser — et savez-vous ce qui fait la différence entre ces deux façons de donner dans votre corps ?



Comment la thérapie psychocorporelle travaille l’amour de soi

L’amour de soi ne se construit pas par la volonté ou les affirmations positives. Il se construit dans le corps — à travers des expériences répétées de reconnaissance et de respect de soi.


En somatothérapie, en EMDR ou en yoga somatique, nous travaillons à identifier les patterns corporels qui témoignent d'un manque d'estime de soi et à créer progressivement des expériences de sécurité intérieure dans lesquelles le corps apprend à se respecter.


Ce travail ne se fait pas du jour au lendemain, mais chaque moment où on s’accorde de la bienveillance, dans le corps, dans la relation thérapeutique, dans les relations du quotidien, est une brique de plus dans la fondation de l’amour de soi.


L’accusation d’égoïsme : un reflet de nous-mêmes

Lorsque nous trouvons les autres égoïstes, il peut être précieux de regarder à l’intérieur. Est-ce que j’attendais quelque chose qu’ils ne m’ont pas donné ? Est-ce que j’avais besoin d’eux, sans le dire ?


Derrière l’accusation, il y a souvent une blessure ou un manque d’amour de soi. C’est une invitation à revenir à soi, avec honnêteté et tendresse. À reconnaître que nous avons, nous aussi, des besoins non formulés, des attentes silencieuses.


C’est aussi une invitation à regarder ce que le système nerveux fait dans ces moments-là — la tension qui monte, la gorge qui se serre, la déception qui s’installe. Ces signaux corporels ne mentent pas. Ils disent quelque chose d’important sur ce dont on a besoin — pas de l’autre, mais de soi-même.



La dernière fois que vous avez trouvé quelqu’un égoïste — est-ce qu’il y avait un besoin que vous n’aviez pas osé exprimer ? Et qu’est-ce que votre corps faisait dans ce moment-là ?


L’amour de soi n’est pas un luxe ni une forme d’égoïsme. C’est la condition d’un amour authentique — pour soi et pour les autres. Et comme tout ce qui touche au système nerveux, il se construit pas à pas, dans le corps, à travers des expériences répétées de bienveillance envers soi-même.


Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser :

  • Est-ce que vous vous accordez autant de bienveillance que vous en offrez aux autres — et qu’est-ce que votre corps ressent quand vous y pensez ?

  • Y a-t-il des besoins que vous n’osez pas exprimer par peur d’être jugé égoïste — et depuis quand ?

  • Est-ce que vous donnez aux autres depuis un endroit de plénitude ou depuis un endroit de peur — et qu’est-ce que ça coûte à votre corps ?


Références

Neff, K. (2011). Self-Compassion. William Morrow.

Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.

Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss, Vol. 1. Basic Books.

Van der Kolk, B. (2014). Le corps n’oublie rien. Albin Michel.

Johnson, S. (2008). Hold Me Tight. Little, Brown and Company.

Brown, B. (2010). The Gifts of Imperfection. Hazelden Publishing.


À propos de l’auteure

Rachel Durant — Thérapeute psychocorporelle, Le Plessis-Robinson (92350)


Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatiques : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles en cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et en téléconsultation.



Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique et respectueuse de la personne.

 
 

Rachel DURANT, 

Thérapeute psychocorporel Somatique :

Somatothérapie, EMDR, Yoga somatique

Cabinet Paramédical Le Robinson Horizon

13 rue du Carreau

92350 Le Plessis-Robinson

Code : 4569B, Int : cabiner Horizon, RDC, Droite

06 14 10 62 62

contact@epanouisdanslavie.com

  • Facebook
  • Instagram
  • LinkedIn
© Rachel Durant 2026
bottom of page