Souffrance psychique et système nerveux : ce que votre corps essaie de vous dire
- Rachel Durant

- 15 sept. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
La souffrance psychique est souvent vécue comme quelque chose à combattre, à faire taire, à surmonter. Pourtant, elle est avant tout un signal — un message du corps et du système nerveux qui cherche à être entendu. Cet article explore ce que la souffrance psychique fait au système nerveux, pourquoi elle s’inscrit dans le corps, et comment la thérapie psychocorporelle crée les conditions pour la transformer.
La souffrance psychique fait partie de l’expérience humaine. Les pertes, les séparations, les désillusions, les blessures relationnelles — personne n’y échappe. La question n’est pas de savoir comment ne pas souffrir. C’est de comprendre ce que cette souffrance dit — et pourquoi, parfois, elle s’installe et ne passe plus.

Souffrance psychique et système nerveux : un signal avant tout
La souffrance psychique n’est pas une faiblesse. C’est une réponse du système nerveux autonome à quelque chose qui n’a pas pu être pleinement vécu, intégré ou résolu.
Stephen Porges a montré que le système nerveux autonome évalue en permanence l’environnement à la recherche de sécurité ou de danger — un processus qu’il appelle la neuroception. Quand une expérience est trop intense, trop soudaine, ou trop prolongée pour être intégrée, le système nerveux déclenche une réponse de protection.
La souffrance psychique, vue par ce prisme, n’est pas un dysfonctionnement. C’est le système nerveux qui fait son travail — protéger, signaler, appeler à l’aide.
Est-ce que vous reconnaissez votre souffrance psychique comme un signal qui cherche à être entendu — ou est-ce que vous la combattez, la fuyez, la minimisez ?
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Quand la souffrance psychique devient un fardeau : la dérégulation chronique
Une souffrance ponctuelle, bien que douloureuse, peut être traversée. Le système nerveux s’active, puis se régule. Mais quand la souffrance est répétée, prolongée ou vécue sans soutien suffisant, quelque chose de plus profond se passe.
Bessel van der Kolk a montré comment les expériences douloureuses non intégrées s’inscrivent dans le corps — sous forme de tensions chroniques, de réactions automatiques, de schémas répétitifs. Le corps reste en état d’alerte, comme si la menace passée était encore présente.
Dan Siegel a montré que cette souffrance psychique non intégrée crée un manque d’intégration neurale — des parties de soi qui fonctionnent de façon isolée. On peut se sentir coupé de ses émotions, de son corps, de ses besoins. Ou au contraire submergé par eux.
Y a-t-il une souffrance dans votre vie que vous portez depuis longtemps — et savez-vous où elle vit dans votre corps ?
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Le corps comme voie d’accès à la souffrance psychique
Comprendre la souffrance psychique par le mental seul a ses limites. On peut analyser, comprendre, mettre des mots — et pourtant continuer à souffrir de la même façon.
C’est parce que la souffrance psychique ne réside pas uniquement dans les pensées. Elle réside dans le corps, dans le système nerveux, dans les mémoires implicites que Peter Levine a décrites — ces souvenirs qui ne se racontent pas mais qui se revivent physiquement, dans des contextes qui rappellent la blessure originale.
J’ai accompagné une personne qui souffrait d’une tristesse profonde depuis des années — sans pouvoir en identifier l’origine. En portant l’attention sur son corps, elle a découvert une sensation persistante de lourdeur dans la poitrine, une respiration qui ne descendait jamais vraiment dans le ventre. Ce n’était pas une pensée. C’était la souffrance, logée là, attendant d’être reconnue. C’est à partir de ce moment-là que quelque chose a pu commencer à bouger.
Est-ce que vous pouvez vous approcher de votre souffrance avec curiosité plutôt qu’avec peur — sentir ce qu’elle exprime dans votre corps, sans vous y noyer ?
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Comment la thérapie psychocorporelle accompagne la transformation
La thérapie psychocorporelle ne cherche pas à effacer la souffrance psychique. Elle crée les conditions pour qu’elle puisse être entendue, traversée et intégrée.
En somatothérapie, en EMDR ou en yoga somatique, nous travaillons à réguler le système nerveux — pour que la souffrance puisse être approchée à un rythme tolérable, sans submerger. Progressivement, les expériences douloureuses peuvent être intégrées plutôt que réprimées ou rejouées.
Ce n’est pas un processus linéaire. Mais chaque fois que la souffrance psychique est accueillie avec bienveillance — dans un espace sécurisant, à un rythme que le corps peut tolérer — quelque chose se déplace.
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La souffrance psychique n’est pas votre ennemi. C’est une partie de vous qui attend d’être entendue — pas combattue, pas effacée, mais accueillie avec la patience et la douceur qu’elle mérite.
Quand elle est entendue, quelque chose peut enfin bouger.
Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser :
Est-ce qu’il y a une souffrance dans votre vie que vous évitez de regarder en face — et qu’est-ce que votre corps fait quand vous vous en approchez ?
Est-ce que vous avez déjà expérimenté un moment où une souffrance, une fois nommée et accueillie, a commencé à se transformer ?
Est-ce que vous savez reconnaître dans votre corps le moment où quelque chose commence à se relâcher en vous — une respiration qui s’élargit, une tension qui se relâche, un espace qui s’ouvre ?
Références
Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.
Van der Kolk, B. (2014). Le corps n’oublie rien. Albin Michel.
Levine, P. (1997). Waking the Tiger: Healing Trauma. North Atlantic Books.
Siegel, D. (2010). Mindsight. Bantam Books.
À propos de l’auteure
Rachel Durant — Thérapeute psychocorporelle, Le Plessis-Robinson (92350)
Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatiques : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles en cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et en téléconsultation.
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Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique et respectueuse de la personne.




