Émotions refoulées et système nerveux : ce que votre corps porte à votre place
- Rachel Durant

- 24 avr. 2023
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Dès notre plus jeune âge, nous avons appris à taire certaines émotions. Par peur de déranger, par besoin d’être aimé, pour « faire comme il faut ». Mais les émotions refoulées ne disparaissent pas — elles s’inscrivent dans le corps et le système nerveux. Cet article explore ce mécanisme, et comment retrouver le contact avec ce qui a été trop longtemps retenu.
Je repense à cette femme venue me consulter, épuisée sans raison apparente. Elle disait simplement : « J’ai tout pour être bien, mais je me sens vide. » Ce vide-là, c’était le silence d’émotions trop longuement retenues. Son corps portait ce que ses mots n’arrivaient plus à dire.

Émotions refoulées et système nerveux : ce qui se passe vraiment
Le neurologue Antonio Damasio a montré que les émotions ne sont pas simplement des états mentaux — elles sont d’abord des réponses corporelles. Chaque émotion produit des changements mesurables dans le corps : rythme cardiaque, respiration, tonus musculaire, hormones. Les émotions ne naissent pas dans la tête — elles naissent dans le corps, et remontent ensuite vers la conscience.
Ce que cela signifie concrètement : lorsqu'une émotion est refoulée, on empêche sa colère de monter, lorsqu'on ravale ses larmes, on retient sa peur. Pourtant, la réponse corporelle se produit quand même. Le corps s’est préparé à ressentir, mais l’émotion n’a pas pu se décharger. Elle reste suspendue, inscrite dans les muscles, dans la respiration, dans la posture.
Wilhelm Reich, l’un des pères fondateurs de la thérapie psychocorporelle, appelait ces patterns corporels des cuirasses — des armures musculaires qui se forment progressivement pour contenir les émotions qu’on n’a pas pu exprimer. Ces cuirasses protègent — mais elles emprisonnent aussi.
👉 Pour aller plus loin : Les cuirasses corporelles : comment elles s'inscrivent dans le corps et façonnent nos schémas
Est-ce que vous reconnaissez dans votre corps des zones de tension chronique — mâchoires serrées, épaules contractées, ventre noué — qui semblent ne jamais vraiment se relâcher ?
👉 Pour aller plus loin : Croyances limitantes : pourquoi votre corps en sait plus que votre mental
Ce que les émotions refoulées font au système nerveux
Stephen Porges a montré que l'expression émotionnelle authentique est intimement liée à l'état du système nerveux. Le circuit ventral vagal, actif en état de sécurité, permet aux émotions de circuler, de s'exprimer, de se transformer. Dès qu'il est mis hors service — par la peur, le danger social ou des expériences passées douloureuses — les émotions se figent.
Gabor Maté a montré dans ses recherches comment le refoulement chronique des émotions comme la colère et la tristesse, crée un état de stress physiologique permanent qui affaiblit progressivement le système immunitaire et contribue au développement de maladies chroniques. Ce n’est pas métaphorique, c’est biologique.
Y a-t-il des émotions que vous avez appris très tôt à ne pas montrer — et savez-vous ce que votre corps fait quand elles cherchent à s’exprimer ?
👉 Pour aller plus loin : Stress et système nerveux : ce que votre corps essaie de vous dire
Les masques comme stratégies de survie corporelle
Pour s’adapter, pour être acceptés, nous avons appris à jouer des rôles. Le masque de la personne forte, de celle qui ne dérange pas, de celle qui sourit toujours. Alexander Lowen, fondateur de la bioénergie, a montré que ces masques ne sont pas seulement psychologiques, ils sont corporels. La façon dont on se tient, dont on respire, dont on occupe l’espace reflète et renforce l’émotion qu’on s’interdit de ressentir.
Bessel van der Kolk a montré comment ces adaptations corporelles deviennent automatiques, inscrites dans le système nerveux sous forme de réponses réflexes qui se déclenchent avant même que la pensée consciente puisse intervenir. On ne choisit plus de porter le masque, on ne sait plus qu’on le porte.
Un jour ou l’autre, ce masque devient trop étroit. Le corps signale que quelque chose ne colle plus — par la fatigue, la douleur, le vide ou l’agitation.
Est-ce qu’il y a un rôle que vous jouez régulièrement — et savez-vous ce que ce rôle vous coûte dans le corps ?
👉 Pour aller plus loin : Être vraiment soi-même : ce que votre système nerveux a à dire
Quand le corps sature : la dérégulation émotionnelle
Peter Levine a décrit comment les émotions bloquées, particulièrement celles liées à la peur et à la colère, restent stockées dans le système nerveux sous forme d’énergie non déchargée. Cette énergie cherche une sortie. Quand elle ne la trouve pas, elle se manifeste sous d’autres formes : anxiété, agitation intérieure, fatigue chronique, douleurs inexpliquées, troubles du sommeil ou de la digestion.
Dan Siegel a montré que cet état correspond à un manque d’intégration émotionnelle — des parties de soi qui ne peuvent pas communiquer entre elles parce que certaines émotions ont été systématiquement exclues de la conscience. On peut se sentir coupé de ses émotions, ou au contraire submergé par elles.
Y a-t-il des émotions que vous ressentez de façon si intense qu’elles vous submergent — ou au contraire des émotions que vous n’arrivez plus à ressentir du tout ?
👉 Pour aller plus loin : Souffrance psychique et système nerveux : ce que votre corps essaie de vous dire
Le chemin du retour : par l’écoute corporelle
Il existe une autre voie. Une voie douce, respectueuse, profondément humaine. Celle de l’écoute, une écoute qui ne passe pas uniquement par les mots, mais aussi par le corps.
En somatothérapie, en EMDR ou en yoga somatique, nous travaillons à créer les conditions dans lesquelles les émotions refoulées peuvent progressivement émerger — à un rythme que le système nerveux peut tolérer. Pas pour les revivre brutalement. Mais pour leur offrir enfin l’espace qu’elles n’ont jamais eu.
À travers la respiration, le toucher thérapeutique, le mouvement ou la parole, les cuirasses corporelles peuvent progressivement se relâcher. Les émotions figées peuvent recommencer à circuler. Et peu à peu, quelque chose se libère — une vitalité retrouvée, une légèreté qu’on avait oubliée.
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Les émotions que vous portez ne sont pas vos ennemies. Elles sont des messagers, des parties de vous qui ont attendu, parfois très longtemps, d’être enfin entendues.
Quand elles sont accueillies avec douceur, quelque chose peut enfin se déposer.
Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser :
Y a-t-il une émotion que vous n’autorisez jamais à s’exprimer — et savez-vous depuis quand vous la retenez ?
Quand vous ressentez une émotion intense, qu’est-ce que votre corps fait — et qu’est-ce que vous faites de cette réponse corporelle ?
Y a-t-il un endroit dans votre corps où vous sentez que quelque chose attend d’être entendu ?
Références
Damasio, A. (1994). L’Erreur de Descartes. Odile Jacob.
Reich, W. (1933). L’Analyse du caractère. Payot.
Lowen, A. (1975). La Bioénergie. Tchou.
Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.
Maté, G. (2003). Quand le corps dit non. Éditions de l’Homme.
Van der Kolk, B. (2014). Le corps n’oublie rien. Albin Michel.
Levine, P. (1997). Waking the Tiger: Healing Trauma. North Atlantic Books.
Siegel, D. (2010). Mindsight. Bantam Books.
À propos de l’auteure
Rachel Durant — Thérapeute psychocorporelle, Le Plessis-Robinson (92350)
Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatiques : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles en cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et en téléconsultation.
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Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique et respectueuse de la personne.




