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Écouter son corps : et s'il en savait plus que votre tête ?

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Écouter son corps n’est pas inné, c’est une capacité qui se développe. Dans une société qui valorise la performance et anesthésie les sensations, réapprendre à écouter son corps est un acte radical. Et une voie vers la santé. Cet article explore ce que la neuroscience dit de cette intelligence corporelle — et comment la retrouver concrètement.


Combien de fois avez-vous ignoré une fatigue, poussé malgré la douleur, continué malgré le signal clair que quelque chose n’allait pas ? Pas par malveillance envers vous-même, mais parce que c’est ce qu’on vous a appris à faire.


Notre société nous apprend à taire le corps, à le considérer comme un outil à gérer plutôt qu’un allié à écouter. Et pourtant, le corps parle. Il a toujours parlé. C’est nous qui avons appris à ne plus l’entendre.


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Ce que « écouter son corps » signifie vraiment

Écouter son corps ne signifie pas se laisser gouverner par chaque sensation. C’est quelque chose de plus subtil et de plus scientifique.


Antonio Damasio a développé la notion de marqueurs somatiques, ces signaux corporels subtils qui accompagnent nos perceptions et nos décisions. Avant même que la pensée consciente puisse analyser une situation, le corps a déjà répondu, une légère tension dans la poitrine, un sentiment de légèreté, un malaise diffus. Ces marqueurs sont de l’information, pas de la superstition.


Stephen Porges a montré que le système nerveux autonome évalue en permanence l’environnement à travers la neuroception et ajuste l’état du corps en conséquence. Écouter son corps, c’est apprendre à accéder à cette information, à sentir ce que le système nerveux a déjà perçu.


Un exemple simple : vous êtes sur le point d’accepter une invitation. Avant même d’avoir réfléchi, votre corps a déjà répondu, une légère contraction dans le ventre, une respiration qui se retient. Ce n’est pas de l’anxiété. C’est un marqueur somatique. Une information précieuse sur ce que vous voulez vraiment.


Est-ce que vous arrivez à distinguer dans votre corps un signal de « oui » et un signal de « non » — avant même d’avoir pensé consciemment à une décision ?



Les signaux que le corps envoie — et comment les reconnaître

Le corps parle un langage précis — mais souvent ignoré.

La respiration est l’un des signaux les plus accessibles. Elle se raccourcit sous le stress, se bloque sous la peur, s’élargit dans la détente. Observer sa respiration à différents moments de la journée donne des informations précieuses sur l’état du système nerveux.


Les tensions musculaires sont des mémoires corporelles. Les épaules qui remontent, la mâchoire qui se serre, le ventre qui se contracte, ces réponses automatiques se déclenchent souvent bien avant qu’on ait identifié consciemment ce qui se passe.


La fatigue est un signal souvent ignoré ou combattu. Peter Levine a montré que la fatigue chronique est souvent le signe d’un système nerveux épuisé par un état d’alerte prolongé et non un manque de volonté.


Les sensations digestives, le « deuxième cerveau » de Michael Gershon, sont particulièrement sensibles aux états émotionnels. Le ventre noué, la digestion perturbée parlent fréquemment d’une réalité émotionnelle que la tête n’a pas encore reconnue.


J’ai accompagné une personne qui souffrait de migraines récurrentes depuis des années, sans cause médicale identifiée. En travaillant sur les sensations dans son corps, elle a progressivement remarqué que ses migraines apparaissaient systématiquement après des situations dans lesquelles elle n’avait pas pu s’exprimer. Son corps avait trouvé une autre sortie pour ce qui n’avait pas pu être dit.


Y a-t-il un signal corporel récurrent dans votre vie — une tension, une douleur, une fatigue — que vous avez tendance à ignorer ou à combattre ?



Les obstacles à l’écoute corporelle

Si écouter son corps était simple, tout le monde le ferait naturellement. Les obstacles sont réels et souvent profondément ancrés.


La dissociation est l’un des plus courants. Bessel van der Kolk a montré comment le trauma crée une déconnexion entre le cerveau et le corps, comme si le corps devenait un lieu dangereux à habiter. Pour ces personnes, écouter le corps ne va pas de soi. C’est un apprentissage progressif qui nécessite un cadre sécurisant.


Les croyances culturelles jouent aussi un rôle majeur. « La douleur, c’est dans la tête. », « Il faut être fort ». Ces messages, intégrés tôt et profondément, créent une méfiance envers les signaux corporels.


Le rythme de vie est un obstacle concret. Quand on est constamment dans le faire, dans la stimulation, il n’y a pas d’espace pour sentir. L’écoute corporelle requiert du ralentissement.


Y a-t-il des messages que vous avez reçus dans l’enfance sur le corps, la douleur ou les émotions — et comment influencent-ils encore votre façon d’écouter votre corps aujourd’hui ?


Des pratiques concrètes pour développer l’écoute corporelle

L’écoute corporelle se développe comme toute compétence, par la pratique répétée, dans des conditions de sécurité suffisante.


Le scan corporel, cette pratique de pleine conscience développée par Jon Kabat-Zinn consiste à porter l’attention progressivement sur chaque partie du corps, sans chercher à changer quoi que ce soit. Juste observer.


La respiration consciente est peut-être l’outil le plus accessible. Prendre quelques instants dans la journée pour observer sa respiration, sans la modifier, crée une habitude d’attention au corps.


Le mouvement libre, comme dans la danse créative, la marche consciente, le yoga somatique ou la méditation active d'Osho permet au corps de s'exprimer sans passer par les mots. Chacune de ces pratiques crée un espace dans lequel des sensations longtemps ignorées peuvent émerger en sécurité.


L’écriture corporelle consiste à prendre quelques minutes pour noter ce que le corps ressent, pas les pensées, mais les sensations. C’est un pont entre le langage corporel et le langage verbal.


Est-ce qu’il y a une de ces pratiques qui vous parle — et qu’est-ce qui vous empêche de la mettre en place régulièrement ?



Comment la thérapie psychocorporelle accompagne ce chemin

Réapprendre à écouter son corps ne se fait pas toujours seul, particulièrement quand l’histoire personnelle a créé une déconnexion profonde entre la tête et le corps.


En somatothérapie, en EMDR ou en yoga somatique, nous créons ensemble un espace sécurisant dans lequel le corps peut progressivement se faire entendre. Nous apprenons à reconnaître les signaux précoces, avant qu’ils ne deviennent des symptômes. Nous travaillons à réguler le système nerveux pour que l’écoute corporelle devienne possible sans être submersive.



J’ai accompagné des personnes qui ne savaient plus du tout ce qu’elles ressentaient dans leur corps — anesthésiées depuis des années. Le chemin est progressif, parfois surprenant. Un jour, une légère chaleur dans la poitrine. Un autre jour, des larmes qui arrivent sans raison apparente. Et peu à peu, le corps retrouve sa voix.


Est-ce que vous vous sentez connecté à votre corps en ce moment — ou est-ce qu’il y a des zones que vous évitez d’habiter ?


Écouter son corps n’est pas un luxe spirituel. C’est une compétence neurobiologique, pratique, accessible. Et c’est peut-être l’une des choses les plus importantes qu’on puisse apprendre parce que lorsqu'on lui fait confiance, le corps est un guide remarquablement honnête.


Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser :

  • Y a-t-il un signal corporel que vous ignorez régulièrement — et que se passerait-il si vous l’écoutiez vraiment ?

  • Est-ce que vous faites la différence entre une fatigue physique et une fatigue émotionnelle dans votre corps ?

  • Y a-t-il un moment de la journée où vous vous sentez particulièrement à l’écoute de votre corps — et qu’est-ce qui rend ce moment possible ?


Références

Damasio, A. (1994). L’Erreur de Descartes. Odile Jacob.

Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.

Levine, P. (1997). Waking the Tiger: Healing Trauma. North Atlantic Books.

Kabat-Zinn, J. (1994). Wherever You Go, There You Are. Hyperion.

Van der Kolk, B. (2014). Le corps n’oublie rien. Albin Michel.

Gershon, M. (1998). The Second Brain. HarperCollins.


À propos de l’auteure

Rachel Durant — Thérapeute psychocorporelle, Le Plessis-Robinson (92350)


Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatiques : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles en cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et en téléconsultation.



Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique et respectueuse de la personne.

Rachel DURANT, 

Thérapeute psychocorporel Somatique :

Somatothérapie, EMDR, Yoga somatique

Cabinet Paramédical Le Robinson Horizon

13 rue du Carreau

92350 Le Plessis-Robinson

Code : 4569B, Int : cabiner Horizon, RDC, Droite

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