Le corps parle : ce que la science dit du lien entre émotions et maladie
- Rachel Durant

- 22 janv. 2020
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Le lien entre émotions et maladie n’est plus une intuition est une réalité scientifique documentée. La psychoneuroimmunologie, la psychoneuroendocrinologie et les neurosciences ont montré, de façon mesurable et reproductible, que ce que nous vivons émotionnellement a des conséquences biologiques concrètes sur notre corps. Cet article explore ce que la science nous apprend sur ce lien et comment la thérapie psychocorporelle s’inscrit dans cette vision.
Vous avez peut-être déjà remarqué que les maladies ne surgissent pas au hasard. Qu’elles arrivent souvent après une période de stress intense, de deuil, de conflit prolongé ou d’épuisement émotionnel. Ce n’est pas une coïncidence et ce n’est pas dans votre tête. C’est dans votre biologie.
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Le lien entre émotions et maladie : ce que la biologie a prouvé
La neurobiologiste Candace Pert a fait une découverte fondatrice en identifiant les récepteurs aux opiacés dans le cerveau et en montrant que ces molécules, qu’elle a appelées les neuropeptides, circulent dans tout le corps et relient le cerveau aux organes, aux cellules immunitaires et au système endocrinien.
Cette découverte a révolutionné notre compréhension du corps. Le cerveau et le corps ne sont pas deux systèmes séparés. Ils forment un réseau continu dans lequel nos émotions produisent des molécules qui circulent dans tout l’organisme et modifient son fonctionnement.
Concrètement : quand vous ressentez de la peur, de la colère ou de la tristesse, votre corps sécrète des molécules spécifiques, cortisol, adrénaline, neuropeptides, qui modifient votre rythme cardiaque, votre digestion, votre système immunitaire, votre pression artérielle. Le lien entre émotions et maladie n’est pas métaphorique, il est chimique.
Est-ce que vous avez déjà remarqué comment une émotion intense se manifeste immédiatement dans votre corps — une boule dans le ventre, une oppression dans la poitrine, une fatigue soudaine ?
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Le stress chronique et la maladie : ce que Robert Sapolsky a montré
Robert Sapolsky, neuroendocrinologue à Stanford, a montré quelque chose de fondamental : le stress aigu, celui du zèbre qui fuit le lion, est une réponse biologique saine. Le problème, c’est le stress chronique celui que les humains s’infligent en ressassant le passé, en anticipant l’avenir, en maintenant des conflits relationnels non résolus.
En état de stress chronique, le corps sécrète du cortisol en continu — qui supprime le système immunitaire, détruit les neurones de l’hippocampe, favorise l’inflammation chronique, perturbe la digestion et le sommeil. Bruce McEwen a appelé ce coût biologique cumulatif la charge allostatique.
Hans Selye, père du concept de stress biologique, avait montré que l’organisme soumis à un stress prolongé passe par trois phases : alarme, résistance, épuisement. C’est ce dernier stade qui ouvre la porte à la maladie.
Y a-t-il dans votre vie une source de stress chronique — une situation non résolue, un conflit prolongé — et savez-vous ce qu’elle coûte à votre corps ?
👉 Pour aller plus loin : Stress et système nerveux : ce que votre corps essaie de vous dire
Le système immunitaire écoute vos émotions
La psychoneuroimmunologie, la science du lien entre psychisme, système nerveux et système immunitaire, a produit des résultats fascinants et solidement documentés.
Janice Kiecolt-Glaser a montré que les personnes en conflit relationnel chronique, en deuil prolongé ou en état de solitude ont des défenses immunitaires significativement affaiblies. Leurs plaies cicatrisent plus lentement, leurs vaccins sont moins efficaces, leur vulnérabilité aux infections est plus grande.
Esther Sternberg a montré que certaines régions du cerveau, notamment l’hypothalamus, jouent un rôle central dans la régulation immunitaire. Ce que nous ressentons modifie littéralement notre capacité à nous défendre.
George Solomon, l’un des fondateurs de la psychoneuroimmunologie, avait observé que les personnes souffrant de maladies auto-immunes présentaient souvent une difficulté à exprimer leurs émotions, une tendance à l’inhibition, un rapport conflictuel à leur propre corps.
Est-ce que vous avez déjà remarqué que vos problèmes de santé apparaissent souvent dans des périodes émotionnellement difficiles ?
👉 Pour aller plus loin : Souffrance psychique et système nerveux : ce que votre corps essaie de vous dire
La somatisation selon Gabor Maté : quand le corps dit ce que les mots ne disent plus
Gabor Maté, médecin canadien, a observé dans sa pratique clinique un pattern récurrent chez ses patients atteints de maladies chroniques graves : une difficulté profonde à reconnaître et à exprimer leurs émotions et particulièrement la colère.
Ce processus, que la médecine appelle somatisation, n’est pas une invention de l’esprit. C’est une réalité biologique documentée. Le refoulement chronique des émotions crée un état de stress physiologique permanent qui affaiblit progressivement le système immunitaire et prépare le terrain à la maladie.
Son message n’est pas culpabilisant, il est libérateur. Il ne dit pas que les malades sont responsables de leur maladie. Il dit que le corps exprime ce que la psyché ne peut pas dire. Et que l’écoute bienveillante de ces signaux est une voie vers la guérison.
Y a-t-il des émotions que vous avez du mal à exprimer — la colère, la tristesse, la peur — et savez-vous ce que votre corps fait quand vous les retenez ?
👉 Pour aller plus loin : La somatisation : quand le corps dit ce que les mots ne peuvent plus exprimer
L’intestin, deuxième cerveau : ce que Michael Gershon a découvert
Michael Gershon a montré que le système nerveux entérique, le réseau de 500 millions de neurones qui tapissent notre intestin, fonctionne de façon largement autonome. Il a appelé cet ensemble le deuxième cerveau.
Ce deuxième cerveau produit 95% de la sérotonine de l’organisme. Il communique en permanence avec le cerveau via le nerf vague. Et il est extrêmement sensible aux états émotionnels, stress, anxiété, tristesse se manifestent immédiatement dans les sensations digestives.
J’ai accompagné plusieurs personnes souffrant de colon irritable chronique. En travaillant sur la régulation du système nerveux et sur les émotions sous-jacentes, anxiété, perfectionnisme, difficulté à poser des limites, les symptômes digestifs se sont progressivement apaisés. Le deuxième cerveau avait commencé à se détendre.
Est-ce que vous remarquez un lien entre vos états émotionnels et vos sensations digestives — un ventre noué dans le stress, des troubles digestifs dans les périodes difficiles ?
👉 Pour aller plus loin : Anxiété et système nerveux : comprendre ce que votre corps essaie de vous dire
L’épigénétique : nos émotions modifient l’expression de nos gènes
Les travaux de Michael Meaney ont montré que le comportement maternel chez les rats modifie l’expression génétique des petits via des mécanismes épigénétiques. Les petits qui ont reçu beaucoup de soin développent un système nerveux plus résilient, moins réactif au stress.
Ce que l’épigénétique nous dit est à la fois saisissant et libérateur, nos expériences émotionnelles laissent des traces biologiques réelles, mais ces traces ne sont pas définitives. Les mécanismes épigénétiques sont réversibles. Des expériences de sécurité, de connexion, de régulation émotionnelle répétées peuvent progressivement modifier l’expression génétique, ouvrant la voie à une véritable plasticité biologique tout au long de la vie.
Bessel van der Kolk a montré comment le trauma s’inscrit dans le corps au niveau cellulaire, modifiant la façon dont le système nerveux traite les informations, dont le système immunitaire répond aux menaces. Le corps n’oublie rien et la biologie le confirme.
Comment la thérapie psychocorporelle s’inscrit dans cette vision
La thérapie psychocorporelle part d’une réalité biologique documentée : le lien entre émotions et maladie est réel, mesurable, et travaillable. Les émotions non exprimées ont des conséquences biologiques concrètes.
En somatothérapie, en EMDR ou en yoga somatique, nous travaillons à réguler le système nerveux pour que les émotions bloquées puissent progressivement circuler, s’exprimer, s’intégrer. Pas pour guérir directement une maladie, mais pour créer les conditions biologiques dans lesquelles le corps peut déployer ses propres ressources de régulation.
Ce travail ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète, en s’adressant à la dimension émotionnelle et nerveuse que la médecine conventionnelle n’a pas toujours le temps ni les outils pour explorer.
Est-ce que vous avez déjà remarqué que certaines périodes de travail sur vous-même — thérapie, méditation, mouvement — ont eu un effet sur votre santé physique ?
Le corps ne tombe pas malade par hasard. Il parle avec le seul langage qu’il connaît quand les mots ne suffisent plus. La science nous invite aujourd’hui à l’écouter avec la même rigueur et la même bienveillance qu’on accorderait à n’importe quel signal d’alarme.
Écouter son corps, c’est de la biologie.
Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser :
Y a-t-il des symptômes physiques récurrents dans votre vie — et savez-vous dans quelles circonstances émotionnelles ils apparaissent le plus souvent ?
Est-ce que vous avez déjà remarqué un lien entre une période émotionnellement difficile et une baisse de votre santé physique ?
Y a-t-il des émotions que vous avez du mal à exprimer — et savez-vous où elles vivent dans votre corps ?
Références
Pert, C. (1997). Molecules of Emotion. Scribner.
Sapolsky, R. (2004). Why Zebras Don't Get Ulcers. Holt Paperbacks.
McEwen, B. (2002). The End of Stress As We Know It. Joseph Henry Press.
Selye, H. (1956). The Stress of Life. McGraw-Hill.
Kiecolt-Glaser, J. (2002). Psychoneuroimmunology and Psychosomatic Medicine. Psychosomatic Medicine.
Sternberg, E. (2001). The Balance Within. W. H. Freeman.
Maté, G. (2003). Quand le corps dit non. Éditions de l’Homme.
Gershon, M. (1998). The Second Brain. HarperCollins.
Meaney, M. (2001). Maternal Care, Gene Expression, and the Transmission of Individual Differences. Annual Review of Neuroscience.
Van der Kolk, B. (2014). Le corps n’oublie rien. Albin Michel.
Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.
À propos de l’auteure
Rachel Durant — Thérapeute psychocorporelle, Le Plessis-Robinson (92350)
Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatiques : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles en cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et en téléconsultation.
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Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique et respectueuse de la personne.




