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L’inhibition de l’action : quand ne pas pouvoir agir rend malade

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Ce n’est pas le stress en soi qui rend malade. C’est l’impossibilité d’y répondre. Henri Laborit, neurobiologiste français, a montré dès les années 1970 que l’inhibition de l’action, cette incapacité à fuir, à combattre ou à exprimer ce qu’on ressent, est l’un des mécanismes les plus puissants de développement de la maladie. Cet article explore ce concept fondamental, et comment la thérapie psychocorporelle peut aider à en sortir.


Vous avez peut-être déjà vécu cette sensation d'être coincé dans une situation que vous ne pouvez ni fuir ni changer. Un travail épuisant où vous ne pouvez pas partir. Un conflit relationnel sans issue. Une douleur qu’on vous demande de taire. Et dans ces moments-là, quelque chose se fige dans le corps.


Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de la biologie.


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Henri Laborit et l’inhibition de l’action : une découverte fondatrice

Henri Laborit, neurobiologiste et chirurgien français, a consacré une grande partie de sa carrière à comprendre les mécanismes biologiques du stress et de la maladie. Sa conclusion était radicale : ce n’est pas le stress qui rend malade, c’est l’impossibilité d’y répondre par une action adaptée.


Laborit a identifié trois réponses possibles face à une situation stressante : la fuite, le combat, ou l’inhibition de l’action. Les deux premières permettent au système nerveux de décharger l’énergie mobilisée par le stress. La troisième, l’inhibition, survient lorsque ni la fuite ni le combat ne sont possibles. L’énergie reste mobilisée, sans pouvoir se décharger. Et c’est cette énergie bloquée, maintenue dans le temps, qui crée les conditions biologiques de la maladie.


Il a montré que l’inhibition chronique de l’action maintient le système nerveux en état d’alerte permanent, avec toutes les conséquences sur le système immunitaire, hormonal et cardiovasculaire.


Est-ce que vous reconnaissez dans votre vie des situations où vous vous sentez coincé — sans pouvoir ni fuir ni agir — et savez-vous ce que ça fait à votre corps ?



Ce que le système nerveux fait quand on ne peut pas agir

Stephen Porges a apporté un éclairage neurobiologique précis sur ce mécanisme. Sa théorie polyvagale décrit trois états du système nerveux autonome, l’engagement social, la mobilisation, et l’immobilisation. L’immobilisation, l’état dans lequel le système nerveux se retrouve quand ni la fuite ni le combat ne sont possibles est l’équivalent neurobiologique de l’inhibition de l’action de Laborit.


Dans cet état, le système nerveux active le circuit vagal dorsal qui produit un effondrement physiologique. Fréquence cardiaque qui chute, respiration qui se ralentit, muscles qui se relâchent. C’est un état de shutdown une mise en veille du système pour survivre à l’insupportable.


Bessel van der Kolk a montré que cet état d’immobilisation chronique laisse des traces profondes dans le corps, dans le système immunitaire. Les personnes qui ont vécu des situations prolongées d’impuissance développent souvent des symptômes physiques chroniques, douleurs diffuses, fatigue inexplquée, troubles digestifs.


Y a-t-il dans votre corps une sensation de figement, d’alourdissement, d’énergie bloquée — que vous portez depuis longtemps sans savoir d’où elle vient ?



L’impuissance apprise : quand le système nerveux abandonne

Martin Seligman a décrit un mécanisme complémentaire, l’impuissance apprise. Des animaux exposés à des situations incontrôlables répétées finissent par cesser de chercher une issue, même quand une issue devient disponible. Leur système nerveux a appris que l’action est inutile.


Chez les humains, ce mécanisme se développe souvent très tôt, dans des environnements où l’enfant n’avait aucun contrôle sur ce qui lui arrivait. L’adulte garde alors dans son système nerveux la conviction profonde et souvent inconsciente que ses actions ne changeront rien.


Robert Sapolsky a montré que la perte de contrôle, même perçue, est l’un des facteurs les plus puissants d’activation du stress chronique. Ce n’est pas la situation objective qui compte le plus, mais la conviction du système nerveux qu’il ne peut rien y faire.


Est-ce qu’il y a des domaines de votre vie où vous avez renoncé à agir — et savez-vous depuis quand votre système nerveux a appris cette impuissance ?



Les situations modernes d’inhibition chronique

Laborit avait identifié l’inhibition de l’action comme un mécanisme biologique universel. Mais il avait aussi pointé quelque chose de spécifiquement humain, notre capacité à nous inhiber nous-mêmes, par peur du jugement, par conformité sociale, par habitude.


Les situations modernes d’inhibition chronique sont nombreuses, un travail épuisant qu’on ne peut pas quitter, une relation toxique sans issue, une colère qu’on ne peut pas exprimer, un besoin qu’on n’ose pas formuler. Dans chacune de ces situations, le système nerveux mobilise de l’énergie et cette énergie ne trouve pas de sortie.


Laborit avait dit quelque chose de radical : dans une société qui valorise la conformité et réprime l’expression authentique, l’inhibition de l’action est endémique. Et les maladies chroniques en sont la conséquence collective.


J’ai accompagné une personne qui travaillait depuis des années dans un environnement toxique, sans pouvoir partir pour des raisons financières. Elle ne pouvait ni fuir, ni se battre ouvertement, ni exprimer sa colère. Son corps avait pris en charge ce qu’elle ne pouvait pas exprimer : douleurs chroniques dans le dos, troubles du sommeil, fatigue profonde. Lorsque nous avons commencé à travailler sur l’inhibition dans son corps, ses symptômes ont progressivement commencé à s’apaiser, même avant qu’elle ne change de travail.


Est-ce qu’il y a une situation dans votre vie en ce moment où vous sentez que vous ne pouvez ni agir ni vous exprimer — et savez-vous ce que ça coûte à votre corps ?



Sortir de l’inhibition : par le corps

Si l’inhibition de l’action s’inscrit dans le corps, c’est aussi par le corps qu’elle peut se défaire. Peter Levine a montré que les animaux sortent naturellement de l’état d’immobilisation par des tremblements, des secousses, des mouvements spontanés, une décharge physique de l’énergie bloquée. Chez les humains, cette décharge naturelle est souvent inhibée par la honte, l’éducation, la peur de perdre le contrôle.


En thérapie psychocorporelle et somatique, nous travaillons précisément à réactiver cette capacité naturelle à laisser l’énergie bloquée se décharger progressivement, dans un cadre sécurisant. Pas par la volonté ou l’analyse, mais par le mouvement, la respiration, le toucher thérapeutique.


J’ai accompagné des personnes qui portaient depuis des années une fatigue inexpliquée, des douleurs diffuses, un sentiment d’être « éteintes ». En travaillant sur l’inhibition dans le corps, sur ce qui était figé, retenu, bloqué, quelque chose s’est progressivement remis en mouvement. L’énergie a recommencé à circuler. La vitalité est revenue.



Comment la thérapie psychocorporelle travaille l’inhibition de l’action


En somatothérapie, en EMDR ou en yoga somatique, nous travaillons à identifier les états d’inhibition dans le corps, ces zones figées, ces respirations retenues, ces tensions chroniques qui témoignent d’une énergie bloquée depuis longtemps.


Progressivement, nous créons les conditions dans lesquelles le système nerveux peut sortir de l’immobilisation, retrouver sa capacité d’action, d’expression, de mouvement. Pas par la force ou la volonté, mais par des expériences corporelles répétées de sécurité et de liberté d’expression.


Est-ce que vous sentez dans votre corps des zones de figement ou de blocage — et y a-t-il des situations dans votre vie qui semblent les activer ?


Ce n’est pas le stress qui rend malade. C’est l’impossibilité d’y répondre, de bouger, d’agir, de s’exprimer. Et comme tout ce qui touche au système nerveux, cette impossibilité peut se défaire. Progressivement, dans le corps, à un rythme que le système nerveux peut tolérer.


Laborit croyait profondément que comprendre les mécanismes biologiques de l’inhibition était un acte politique, une façon de reprendre le contrôle sur sa propre vie. La thérapie psychocorporelle s’inscrit dans cette vision : pas comme une réponse passive à la souffrance, mais comme une reconquête active de la capacité d’agir, de ressentir, de s’exprimer.


L’élan vital n’a pas disparu. Il attend juste d’avoir de l’espace.


Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser :

  • Y a-t-il des situations dans votre vie où vous vous sentez chroniquement coincé — sans pouvoir agir ni vous exprimer ?

  • Est-ce que vous reconnaissez dans votre corps la trace de cette inhibition — tensions, fatigue, figement ?

  • Y a-t-il des domaines de votre vie où vous avez renoncé à agir — et depuis quand ?


Références

Laborit, H. (1979). L’Inhibition de l’action. Masson.

Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.

Van der Kolk, B. (2014). Le corps n’oublie rien. Albin Michel.

Seligman, M. (1975). Helplessness. W. H. Freeman.

Sapolsky, R. (2004). Why Zebras Don't Get Ulcers. Holt Paperbacks.

Levine, P. (1997). Waking the Tiger: Healing Trauma. North Atlantic Books.


À propos de l’auteure

Rachel Durant — Thérapeute psychocorporelle, Le Plessis-Robinson (92350)


Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatiques : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles en cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et en téléconsultation.



Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique et respectueuse de la personne.

 
 

Rachel DURANT, 

Thérapeute psychocorporel Somatique :

Somatothérapie, EMDR, Yoga somatique

Cabinet Paramédical Le Robinson Horizon

13 rue du Carreau

92350 Le Plessis-Robinson

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