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La blessure d’humiliation : quand la honte s’installe dans le corps

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Ce que la honte précoce inscrit dans le système nerveux et comment retrouver la dignité d’exister dans son corps.


S’excuser d’avoir faim. Rougir d’avoir exprimé un désir. Se faire le plus petit possible quand un besoin naturel émerge comme manger, se reposer, prendre plaisir, demander. La blessure d’humiliation touche quelque chose de très fondamental : le droit d’avoir un corps avec ses besoins, ses appétits, ses élans. Quand ce droit a été nié ou ridiculisé très tôt, quelque chose se referme, une conviction profonde que ses besoins sont de trop, que son corps est une source de honte plutôt qu’un lieu d’habitation.


Ce qui s’installe n’est pas seulement une croyance sur soi. C’est une façon d’habiter le corps, une tendance à se charger pour les autres tout en se privant soi-même. La honte n’est pas dans la tête. Elle est dans le bassin qui se rétracte, dans la gorge qui retient, dans les épaules qui portent ce que le corps ne peut plus dire.


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Ce que la honte précoce fait au système nerveux

La honte est l’une des émotions les plus difficiles à traverser parce qu’elle ne dit pas « j’ai fait quelque chose de mal », elle dit « je suis quelque chose de mal ». Lorsqu'elle s’installe très tôt, avant que l’enfant ait les ressources pour l’interroger, elle devient une réalité du corps.


Un enfant moqué pour ses besoins apprend à associer l’expression naturelle de ses besoins à quelque chose de honteux. Ce n’est pas un apprentissage conscient. C’est un conditionnement du système nerveux : l’activation naturelle d’un besoin déclenche simultanément une réponse de menace, honte, retrait, contraction. Avec le temps, les deux deviennent indissociables.


Alice Miller a montré dans ses travaux sur l’enfance comment ces conditionnements précoces s’installent silencieusement, pas dans la mémoire consciente, mais dans la façon dont l’enfant apprend à se percevoir et à percevoir ses besoins.


Stephen Porges a montré que la honte active le circuit vagal dorsal, le même circuit qui produit l’effondrement et l’immobilisation. Ce n’est pas une métaphore. La honte, comme la menace physique, déclenche une réponse de shutdown dans le système nerveux, une mise en retrait globale qui vise à se rendre invisible.


June Price Tangney, chercheuse spécialisée sur ces deux émotions, a documenté une distinction fondamentale : la honte paralyse et coupe de soi et des autres simultanément, là où la culpabilité maintient encore un lien avec l’action possible. La honte pousse à disparaître. La culpabilité pousse à réparer.


Bessel van der Kolk a documenté comment la honte chronique modifie la façon dont le cerveau traite les expériences, en activant les zones associées à la menace même dans des situations neutres, en rendant le système nerveux hypervigilant au regard de l’autre, en produisant une dissociation partielle du corps comme stratégie de protection.


Est-ce que vous reconnaissez dans votre corps cette tendance à vous faire petit, à retenir votre respiration, à étouffer un besoin avant même qu’il puisse émerger — et savez-vous depuis quand ?



Comment la blessure d’humiliation se manifeste dans le corps et dans la vie

La blessure d’humiliation façonne profondément la relation au corps, aux besoins, au plaisir et la manière dont on se positionne dans la relation à l’autre.


Dans le corps, on retrouve souvent une surcharge assumée, une tendance à prendre sur soi, à porter pour les autres, à s’épuiser dans le don avant de s’accorder quoi que ce soit. Ce n’est pas de la générosité pure. C’est souvent une façon de mériter sa place. La respiration est fréquemment bloquée au niveau du diaphragme, comme si exprimer un besoin naturel demandait une permission qui n’est jamais tout à fait accordée.


La relation au plaisir est généralement compliquée dans la blessure d’humiliation. Le plaisir a été associé à la honte. Alors soit il est réprimé, soit il est vécu dans l’excès puis suivi d’une punition intérieure. Les deux extrêmes parlent du même rapport au corps : celui d’un corps dont les appétits doivent être expiés ou contrôlés, jamais simplement reçus.


Une femme que j’accompagnais disait sans cesse « je suis trop », trop bruyante, trop expressive, trop envieuse. Elle s’excusait d’exister, faisait passer tout le monde avant elle, anticipait les besoins des autres avec une précision remarquable tout en ignorant les siens. Ce qu’elle portait n’était pas un défaut de caractère. C’était une conviction encodée très tôt : ses besoins dérangeaient, son corps faisait honte, sa présence devait se justifier par le service rendu. Un jour, après plusieurs mois de travail, elle a dit : « J’ai le droit d’avoir envie, moi aussi. ».


Est-ce que vous vous reconnaissez dans cette tendance à vous justifier d’exister — à mériter votre place par l’utilité plutôt que de la tenir pour acquise ?



Ce que le travail psychocorporel permet

Travailler sur la blessure d’humiliation, c’est réhabiliter progressivement ce que la honte avait interdit, les besoins, le plaisir, la présence dans le corps, dans un espace où l’expression naturelle de soi n’est pas ridiculisée, mais accueillie.


« La première fois qu’on a travaillé sur la respiration, j’ai pleuré. Pas de tristesse, plutôt de soulagement. Comme si quelque chose avait enfin eu la permission de bouger. » Cette femme décrivait ce qui arrive souvent dans le travail somatique sur la honte : pas une explosion émotionnelle, mais un relâchement progressif, une respiration qui descend un peu plus loin, un besoin qui s’exprime sans être immédiatement suivi de honte.


En somatothérapie (méthode Camilli®), le travail sur la blessure d’humiliation passe d’abord par la sécurisation de l’expérience sensorielle, apprendre à sentir son corps sans jugement, à reconnaître ses besoins sans les étouffer immédiatement, à habiter les sensations plutôt qu’à s’en dissocier.


Peter Levine a montré que les émotions figées dans la honte peuvent être libérées progressivement par la voie somatique. Non pas en les forçant à surgir, mais en créant les conditions dans lesquelles elles peuvent émerger à leur propre rythme, être accueillies, et se résoudre dans le corps plutôt que de rester enkystées.


LEMDR, créée par Francine Shapiro, permet de travailler sur les expériences spécifiques d’humiliation, les moments précis où l’enfant a conclu que ses besoins étaient honteux. Le retraitement permet de les revisiter avec les ressources d’un adulte et de modifier petit à petit la conviction centrale : ce n'est pas que les besoins n’existent pas, mais qu’ils sont légitimes, qu’ils méritent d’être entendus.


Est-ce que vous pouvez identifier un moment où vous vous êtes autorisé à avoir un besoin sans vous en excuser — et comment votre corps se sentait-il dans ce moment ?



La blessure d’humiliation ne dit pas qu’on est trop. Elle dit qu’on a appris, très tôt, que ses besoins dérangeaient. Et comme tout ce qui touche au système nerveux — cela peut changer.


Pas en se forçant à prendre plus de place. En apprenant, progressivement, que la place est là et qu’elle nous appartient.


Pour aller plus loin, quelques questions à vous poser :

  • Est-ce que vous vous excusez souvent d’exister — de prendre de la place, d’avoir des besoins, de déranger ?

  • Y a-t-il des besoins ou des plaisirs que vous vous interdisez — et savez-vous depuis quand ?

  • Est-ce que vous pouvez identifier un moment où vous vous êtes autorisé à avoir un besoin sans vous en excuser — et comment ça s’est passé dans votre corps ?


Références

Tangney, J. P., & Dearing, R. L. (2002). Shame and Guilt. Guilford Press.

Van der Kolk, B. (2014). Le corps n’oublie rien. Albin Michel.

Levine, P. (1997). Waking the Tiger. North Atlantic Books.

Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Guilford Press.

Porges, S. W. (2011). The Polyvagal Theory. W. W. Norton & Company.

Miller, A. (1979). Le drame de l’enfant doué. PUF.


À propos de l’auteure

Rachel Durant — Thérapeute psychocorporelle, Le Plessis-Robinson (92350)


Rachel Durant accompagne les personnes en épuisement nerveux, en trauma ou en quête de reconnexion à elles-mêmes, à travers des approches psychocorporelles somatiques : somatothérapie (méthode Camilli®), EMDR et yoga somatique. Elle propose des séances individuelles en cabinet au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) et en téléconsultation.



Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical. Il le complète dans une approche holistique et respectueuse de la personne.



 
 

Rachel DURANT, 

Thérapeute psychocorporel Somatique :

Somatothérapie, EMDR, Yoga somatique

Cabinet Paramédical Le Robinson Horizon

13 rue du Carreau

92350 Le Plessis-Robinson

Code : 4569B, Int : cabiner Horizon, RDC, Droite

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